« Comptabilité : une profession en profonde mutation » Option Finance

 

TENDANCE
Comptabilité : une profession en profonde mutation
OPTION FINANCE – 19 MARS 2018 – ALEXANDRA MILLERET
Comptabilité
Face à l’automatisation de certaines tâches liées aux évolutions
technologiques et à l’accroissement des contraintes réglementaires, le
métier de comptable est en train de connaître quelques
bouleversements. Les professionnels doivent désormais montrer une
plus forte expertise, tant sur le plan informatique qu’analytique.

Longtemps perçue comme isolée, rébarbative et apportant peu de valeur ajoutée, la
profession comptable pourrait voir son image évoluer favorablement.
Certes, ces 10 dernières années, la constitution des centres de
services partagés (CSP), ces concentrations des équipes
comptables au sein d’un même service, n’a pas contribué a redoré
positivement le quotidien de ces professionnels. «Que ce soit au
sein des CSP en France ou délocalisés à l’étranger, les comptables
y exercent des tâches très répétitives, de saisie et de
rapprochements, et ils ont très peu d’analyse à mener, relève
Xavier Jégard, président de l’Association des directeurs de
comptabilité et de gestion (APDC). Dans certains cas, un
diplôme BTS n’est même pas demandé.» Mais récemment, de
nouveaux enjeux sont venus complètement bouleverser le métier
des comptables et commencent à faire évoluer leur quotidien.

En effet, si l’essor de l’automatisation de tâches ne devrait pas, selon les professionnels,
réduire encore les effectifs, il va sensiblement élargir le rôle des comptables dans les
entreprises. «Les nouveaux outils qui se développent remplacent des fonctions qui étaient
exercées régulièrement par les comptables, telles que l’ensemble des rapprochements
relevés bancaires, des bons de commande avec la livraison, des factures avec la
comptabilité, etc. souligne Xavier Jégard. De ce fait, les comptables sont amenés à travailler
sur d’autres sujets qu’ils ne traitaient pas jusque-là.» Désormais, ils s’attellent à vérifier
les informations produites par ces nouveaux outils informatiques. «Alors qu’auparavant
les comptables avaient essentiellement pour mission de cadrer les données issues des états
de gestion avec la comptabilité, ces tâches vont désormais être traitées à environ 90 % par
les robots, précise Mathieu Bonet, manager chez Sia Partners. Les comptables vont ainsi se
concentrer sur les 10 % de cas complexes qui n’ont pas pu être effectués par la machine et
vérifier qu’il n’y ait pas d’erreurs générées par l’outil. Ils vont également analyser les écarts
entre les états de gestion et la comptabilité.» En parallèle, ils sont également sollicités pour
participer à la gestion des projets de mise en place de ces dispositifs technologiques. «Les
comptables sont désormais au coeur de nombreux projets informatiques en lien avec la
comptabilité, indique Karine Doukhan, vice-présidente de Robert Half France. Ils sont par
exemple très impliqués dans la dématérialisation des documents, dans la redéfinition des
processus des achats et ventes et leur déversement dans la comptabilité.»
Mais ces professionnels du chiffre ne se cantonnent pas aux seules tâches liées à ces
nouveaux outils informatiques, ils sont désormais en charge de missions plus analytiques,
conjointement avec d’autres services de l’entreprise. «A la place de la saisie qu’ils
effectuaient auparavant de manière isolée, les comptables travaillent maintenant avec les
opérationnels pour analyser les chiffres financiers de l’entreprise, dans le cadre du pilotage
de l’activité, poursuit Karine Doukhan. En fait, ils ont dorénavant des missions qui étaient
auparavant réservées aux adjoints chefs comptables ou aux comptables confirmés.» De ce
fait, les postes de directeurs et responsables comptables voient également leur
quotidien bouleversé. «Ils ne sont plus seulement responsables des chiffres passés,
souligne Xavier Jégard. Ils sont désormais acteurs de tous les sujets de prévisions et
d’impacts financiers sur les comptes au sein de la direction financière. Ils sont également
régulièrement mis à contribution lors des opérations d’acquisition ou de cession.»
Vers des compétences plus spécifiques
De ce fait, le niveau de compétences exigé sur cette profession s’accroît. D’abord,
conséquence de cette digitalisation, la maîtrise de plusieurs logiciels comptables est
désormais obligatoire. Ensuite, du fait des échanges de plus en plus récurrent avec les
autres services de l’entreprise, la pratique de la langue anglaise est davantage recherchée.
«Dans les entreprises internationales, nous constatons que la maîtrise de l’anglais est exigée
lors des recrutements de comptables», observe Karine Doukhan.
Par ailleurs, l’évolution de la réglementation et des normes requiert des comptables
un degré de compétences élevé. «Les normes comptables se complexifient et deviennent
plus contraignantes, aussi bien au niveau international (IFRS) que français, remarque
Caroline Allouët, associée chez BDO. Les comptables doivent être au fait de ces évolutions
régulières et maîtriser leur mise en place pratique, afin d’assurer la fiabilité des états
financiers de leur entreprise.» Au regard de ces enjeux, les responsabilités des comptables
augmentent. «Progressivement, le métier comptable devient une profession très élitiste,
précise Karine Doukhan. Par exemple, il est beaucoup plus difficile qu’auparavant d’obtenir
du diplôme supérieur de comptabilité et gestion (DSCG). Or, c’est une formation
incontournable pour exercer un poste à responsabilité comptable.»
Cependant, malgré le renforcement des compétences et l’élargissement des tâches sur la
majorité des postes comptables, les salaires octroyés à la profession augmentent encore
peu. Si les directeurs comptables devraient voir leur salaire moyen progresser de 8 % en
2018, selon l’étude de rémunération annuelle de Robert Half, celui des comptables généraux
pourrait en revanche diminuer de 2 à 3 %.
Si toutes les entreprises n’ont pas mis au point des outils informatiques permettant
notamment d’automatiser l’ensemble des processus d’achat, elles veulent toutes que leurs
UNE CLÔTURE DES COMPTES PLUS RAPIDE
données financières soient restituées plus rapidement. «Les comptables doivent
désormais traiter l’information beaucoup plus vite qu’auparavant et sont notamment aidés
pour cela par les nouveaux outils numériques, observe Caroline Allouët, associée chez
BDO. Sollicitées aussi bien par leurs banquiers que leurs investisseurs, la plupart des
entreprises veulent aussi avoir une vue d’ensemble de leurs informations financières en
temps réel et pouvoir restituer leurs comptes financiers annuels plus rapidement.»
Au-delà même des services comptables des entreprises, les cabinets comptables
extérieurs cherchent eux aussi à soumettre plus rapidement les informations à leurs
clients. «Dans le cadre de notre activité d’expertise comptable, nous avons récemment mis
au point une plateforme